Il y a maintenant quelques semaines que les pluies diluviennes de juin se sont arrêtées, il commence à faire très chaud et très moite, et c’est l’ouverture des chemins du mont Fuji !

La saison est courte : le sommet, pas si haut avec ses 3776 m (tout de même), n’a pas de températures positives de début septembre à début juillet. Il peut y neiger dès la fin de l’été, et il « ferme » donc mi septembre : les refuges ferment leurs portes, les chemins sont débalisés, et il n’y a plus de moyens de secours mobilisés.

Eh oui, cela laisse quelque chose comme huit semaines d’ouverture réglementaire ; en dehors, si l’accès n’est pas interdit, il est très fortement déconseillé. Il faut dire que le volcan se couvre alors de neige verglacée, et passe de grandes périodes dans son nuage ; il est alors facile de glisser mortellement, ou d’être désorienté, ou encore de se perdre dans la forêt immense et inhabitée qui recouvre son pied.

Du coup, pendant l’été, il y a foule ; jusqu’à 300 000 personnes en deux mois ! Pour ce week-end où le temps est annoncé magnifique, ça se vérifie : il y a un monde dingue ; tout l’opposé de ce que j’aime dans la montagne…

Fujinomiya trai,l 5ème station

Fujinomiya trail, 5ème station, avec vue sur le sommet

Autre contrainte, le mont Fuji et ses environs sont protégés par un parc naturel national, et il est donc interdit d’y camper pour passer la nuit. Il y a certes des refuges, mais comme pour les randonnées précédentes, ceux-ci sont chers, et bondés à un point qu’il est impossible de dormir sur le dos !! Faut apprécier l’intimité avec ses camarades de chambrée.

La solution : faire l’ascension de nuit, et arriver au sommet juste avant le lever de soleil !

En termes physique, ce n’est pas si exigeant que ça en a l’air : les bus déposent les randonneurs aux différents points de départ à une altitude assez haute, entre 1800 et 2300m, à la limite de la forêt ; cela ne laisse donc « que » 1500 à 2000 m de dénivelé à gravir. D’autre part, trois des sentiers ne présentent aucune difficulté : le terrain est dur et balisé, la marche est donc efficace et il est impossible de se perdre. (le quatrième part de plus bas, et est fait de cendre volcanique d’un bout à l’autre : autant grimper la dune du Pila 20 fois de suite !)

Bon, et donc, même s’il est conseillé de monter en deux jours (décidément !), pour éviter le mal des montagnes, on se laisse déposer par la dernière navette en haut du Fujinomiya Trail, à 2300m. Il est 16:30, il ne reste plus qu’à attendre que le soleil se couche…

Le départ est imminent

Le départ est imminent

Le groupe est assez petit mais bien hétérogène :

  • Marie, qui a lancé le mouvement, est bien motivée pour grimper à bon rythme, et éviter d’avoir à s’occuper de personnes pas entraînées, comme elle l’avait fait l’an dernier.
  • Kate, sa colloc, une américaine de 23 ans qui fait pas très sportive, ainsi qu’un pote à Marie, en vadrouille au Japon, et équipé de godasses tout juste bonnes à faire du skate-board,
  • et deux collègues français, Gweltaz et Maël, bien en forme, et pour lesquels je me fais pas de soucis.

Il n’y a pas énormément de dénivelé à avaler, environ 1500m, mais le chemin est le plus raide des quatre donc ça va monter en pente soutenue. Histoire d’arriver vers 2:00 sans trop s’exploser, on démarre donc à 20:30, en visant du 300m à l’heure, tranquille. Il y a très peu de monde, chacun suit son rythme et le groupe s’étale par moments, et se reforme à chaque refuge que l’on dépasse, pour quelques minutes de pause.

Torii de la septième station du Fujinomiya trail

Torii de la septième station du Fujinomiya trail. Ma plus belle photo de l’année !

Les nuages partent au cours de la nuit, la lune n’est pas encore levée ; le ciel est ma-gni-fique. Ça fait des années que je ne l’avais pas vu aussi beau, avec tout juste ce qu’il faut de nuages, des étoiles par milliers, et un sol qui semble si loin…

Ça faisait longtemps...

Ça faisait longtemps…

La baisse d’oxygène se fait sentir au passage des 3000m : légères pertes d’équilibre, manque de sommeil et de lucidité, j’ai aussi moins de pep’s, et légèrement mal à la tête par instants. C’est signe qu’il faut ralentir le rythme un peu, boire, et ça passe.

Et au final, le groupe des français a la forme : on se retrouve au sommet avant minuit, soit du 430 m/h, bien plus rapide que prévu. Mais ça sert à rien : le soleil est encore loin de se montrer, et il faut maintenant attendre… 😉

Problème : oui, le temps est clément, le ciel est étoilé, mais il ne fait que 5°C, avec un léger vent et peu d’abris, on se caille bien, et impossible de vraiment fermer l’œil. Dommage qu’on ne puisse pas monter une tente, ça aurait bien aidé à garder la chaleur.

On tente de dormir... c'est pas gagné

On tente de dormir… c’est pas gagné

Un des rares abris proche de la rive est du cratère, et donc qui fera face au soleil levant, est le principal refuge du sommet. C’est bien : par les vitres non occultées, on voit que les refuges sont pleins et que l’isolation laisse à désirer. Bref, on est mieux dehors pour 0€ 😀

Il y a un bureau de poste ! Pratique !

Bon bref, on dort pas, alors c’est l’heure d’écrire des cartes postales.

Maisn se caille, on se caille, et les gens qui passent nous illuminent de leurs frontales surpuissantes, et toujours impossible de dormir, alors on regarde les gens passer. Les aurores approchent, les refuges des stations inférieures libèrent leurs randonneurs, et les chemins sont illuminés d’un bout à l’autre. Y’en a sur des kilomètres, ça clignote de toutes les couleurs, et ça monte lentement. Ô joie, c’est donc à cela qu’on a échappé !

Une heure avant le lever du soleil, la foule est là sur le chemin

Une heure avant le lever du soleil, la foule est là sur le chemin.

Gweltaz aux aurores

Gweltaz aux aurores

Les gens continuent à arriver, on a trouvé un endroit très sympa pour regarder le lever de soleil, le ciel s’éclaire, et les montagnes alentours commencent à se dévoiler.

Les montagnes se révèlent au-dessus de la brume

Les montagnes se révèlent au-dessus de la brume

Soleil !

Soleil !

Nous avons un bon emplacement pour regarder le level de soleil, au tout premier rang. Derrière nous, il y a des centaines de personnes.

Allez, il est temps d’aller regarder dans d’autres directions. C’est qu’il est grand ce cratère, quelques kilomètres, et il faut presque 45 minutes pour en fait le tour.

Ombre du Fuji

Ombre du Fuji

La vue est superbe, dans tous les sens, et c’est là qu’on se rend de l’isolement du Fuji : à 50km à la ronde, il n’y a presque rien qui dépasse des nuages, et les montagnes au loin semblent tellement plus petites. Le Kita-dake reste fondu dans son massif, loin à l’horizon, et presque indiscernable sur mes photos (mais on peut aller voir par là pour un superbe panoramique).

Drapeau impérial japonais

Drapeau impérial japonais, tiens !

Au point le plus haut du cratère, il y a un observatoire, qui se visite. Mais la file d’attente est trop longue, alors on passe notre tour, et on se cherche un coin au soleil pour faire la sieste.

Cratère. C'est grand !

Cratère. C’est grand !

cristaux de glace ? Eh non, bactéries !

oh, c’est joli ces cristaux de glace !

Le tableau aurait été complet si les nuages n’avaient pas masqué la côte, normalement visible sans problème.

À l'heure de la descente

La descente, ce sera par là

En plus de l’affluence, et pour compléter le tableau, les refuges se transforment et sortent les étalages : nourriture chaude, souvenirs, bâtons estampillés Fuji, c’est la place du marché. Ouch. On peut aussi trouver deux temples et un bureau de poste !

L'un des trois refuges du cratère

L’un des trois refuges du cratère

Pour la descente, on s’embête pas, et on choisit le chemin le plus meuble : le Yoshida trail. C’est le plus ancien, le plus long, le plus difficile, fait de cendre tout du long. À monter, c’est une horreur ; mais à descendre, quel bonheur ! On peut courir sans retenue, du coup il ne faut que deux heures pour perdre 1800m de dénivelé !

à fond dans la pente !

à fond dans la pente !

Je suis bien content d’avoir des chaussures montantes et le pantalon bien ajusté, j’ai pas à me poser de question, la cendre ne rentre pas dans les godasses 🙂

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Piste d’acheminement du matériel et du ravitaillement

Plus bas, la végétation revient, mais c’est toujours aussi cendré, et on continue à courir comme des idiots.

De la cendre, en veux-tu en voilà

De la cendre, en veux-tu en voilà

Fin de l'aventure, les garçons sont rôtis, pour Marie ça va tranquille

Fin de l’aventure, les garçons sont rôtis et vident les chaussures ; pour Marie, ça va tranquille !

À l’arrivée, il est 9:00, c’est l’heure de se payer une bonne soupe, de sauter dans le bus, et, une nouvelle fois, de faire une grosse sieste dans le Shinkansen vers Nagoya ! Et de rêver à des randonnées dans des coins moins fréquentés.