Profitant d’avoir entendu un morceau de conversation, et sans vergogne, je me suis incrusté dans le petit groupe composé de Naomi-chan, Thomas et John pour tenter de voir le Fuji en contre-jour au lever du soleil.

Ce qu’on aurait dû voir

Le Kita-dake北岳, du haut de ses 3193m, est le deuxième sommet du Japon, et est situé dans le massif des Alpes du sud. Japonaises, les « Alpes », hein ; et même eux les appellent comme ça. Visiblement, s’il y a bien un nom japonais pour les différents massifs « alpins » (Akaishi, Kiso, Hida – ne manquez pas ce lien !), j’ai l’impression que l’on utilise les noms japonais surtout pour les pics, et c’est la chance d’un missionnaire-randonneur-géographe anglais d’avoir pu donner un nom européen à ces montagnes. On pourrait se dire qu’il a un peu manqué d’inspiration, mais après tout, même les noms japonais pour les sommets sont assez communs : Kita-dake veut dire montagne du nord, l’Aka-dake la montagne rouge, etc.

Et donc, ce sommet n’est pas loin du mont Fuji, soit quelque part entre Nagoya et Tokyo. Problème, les vallées qui l’entourent sont très profondes, et les routes d’accès sont au nombre de un. Et qui n’est empruntable qu’en bus ou taxi. Et qui, évidemment, arrive par le nord-est du massif, soit donc à l’opposé de Nagoya… Au final, il faut donc presque 7h de trajet pour rejoindre le départ de la randonnée, alors que c’est à seulement 200 km à vol d’oiseau ! Quand on vous dit que le Japon, c’est montagneux !

On saute donc dans un Shinkansen vendredi 3 juillet juste après le boulot, puis on change deux fois de train autour de Tokyo, et on passe la nuit à Kofu ; c’est de là que part le bus pour le départ de la rando. Au petit matin, et après 2h de bus donc, les sacs sont sur le dos, on passe la longue et haute passerelle piéton, et on s’engage sur le chemin.

Montée dans les bois

Montée dans les bois

C’est pas différent des randonnées précédentes : c’est raidasse, c’est sable gros grain, et en plus il fait vraiment un temps de merde car la brume nous accompagne tout la journée. Grmf. Normalement, c’est sensé se dégager le lendemain, on espère…

On arrive au camping

On arrive au camping

Le départ a beau être en altitude, il y a un bon dénivelé à manger. On ne cherche donc pas à attendre le sommet, mais simplement le refuge qui le précède, qui est tout juste à 3000 m. L’idée est seulement d’y boire un coup, et de cuisiner à l’abri ; les refuges sont chers au Japon, aux alentours de 80€ la nuit, donc on trimballe nos tentes, et on s’installe sur l’aire de bivouac entre deux névés.

En ce début juillet, le soleil est sensé se lever à 4:45. On se couche tôt, on règle le réveil à 2:30, et on s’endort en espérant du soleil. Mais c’est raté : au matin, il fait bien nuit, il pleut, c’est la galère pour prendre le petit déjeuner, mais il faut y aller si on veut une chance de voir un éventuel lever de soleil !

Aux alentours des 4:30 du matin

Aux alentours des 4:30 du matin

On arrive juste à l’heure de l’aube, mais dans un ciel laiteux, où les nuages s’écharpent doucement sur les sommets alentours…

Au sommet

Au sommet

Le côté cool : on est les premiers ! Faut dire qu’on n’avait pas croisé beaucoup de monde sur les chemins (ça change). Et aussi, la vue au nord, à l’ouest et au sud est vraiment chouette (et très difficile à prendre en photo), ça claque. Le côté moins cool, c’est qu’à l’est, et donc côté soleil levant / mont Fuji, c’est totalement ennuagé, et il n’y a donc rien à voir…

Le soleil se lève... pas de Fuji-san

Le soleil se lève… pas de Fuji-san

On reste donc un peu pour profiter de la vue, en espérant que ça se dégage, mais rien de mieux. On commence donc à descendre en prenant un autre chemin, et on a le temps vu qu’il est à peine 5:00 !

Vue sur le quatrième sommet du Japon, 3189m

Vue sur le quatrième sommet du Japon, 3189m

À noter que le troisième sommet du Japon, l’Hotaka-dake et ses 3190m, soit trois mètres de moins que le Kita-dake, n’est pas du tout dans le coin, mais 250km plus au nord, dans les Alpes du nord justement. Mais ceci est une autre histoire, que je vous raconterai quand j’en serai à fin septembre 😉

Dans la descente, et pour éviter de traîtresses moraines, j’invite mes camarades à se laisser glisser sur le névé. Las, je suis le seul à avoir des chaussures à semelles suffisamment étroites et rigides, et les autres ont bien du mal à maîtriser leur vitesse… et je passe donc une dizaine de minutes à marquer des marches à coups de talons dans la neige durcie, pour réussir à les sortir de ce mauvais pas.

Là-bas, le Aka-dake !

Là-bas, le Aka-dake, qui dépasse du nuage !

Une loooongue descente de 1400m plus tard, sur un chemin souvent raide et équipé d’échelles et d’escalier, on retrouve le point de départ. Puisqu’on a le temps avant que le prochain bus ne puisse nous ramener à la gare de Kofu, on explore le site. Première surprise : il a des brosses et des jets d’eau pour nettoyer les chaussures, génial ! Et surtout, ô joie immense : si la buvette n’est pas encore ouverte, il y a (évidemment) un distributeur automatique, mais qui, à la différence de tous les autres que j’ai pu voir en neuf mois, propose… des cannettes de bière !

En grande forme

En grande forme

Et rebelote pour le retour, 2h de bus, puis 5h de train, ça semble interminable, et le confort du Shinkansen impose le réveil pour ne pas manquer l’arrêt à Nagoya !