Ce mont, avec ses 1212m au-dessus de la mer, n’est pas, et de loin, le sommet le plus haut que j’aie abordé. Et en plus, je suis même pas allé jusque tout en haut. Non, ce que j’étais venu voir, c’était les secteurs d’escalade qui sont à l’est-nord-est du sommet, apparemment nommés « Tonai ». Je dis apparemment, car tout ce que j’ai pu trouver comme documentation, c’est un topo d’escalade en japonais…

Mais donc, histoire de voir sur place ce que ça donne, je prends le train, et me rends sur ce sommet de la chaîne des montagnes Suzuka 鈴鹿. La prévision météo hésite entre « pluvieux » et « couvert moche », mais bon hein, je n’y vais pas pour le panorama, et puis il faut que je prenne un peu l’air : il fait une chaleur très moite en cette fin juin à Nagoya, et un peu d’altitude me fera du bien.

Ça a de l'allure comme village touristique !

Ça a de l’allure comme village touristique hein ? Ambiance !

C’est un peu avec surprise que je commence la marche. D’accord, c’est pas la bonne période pour aller randonner, vu qu’il fait chaud, humide, couvert, et qu’en plus de gâcher la vue, tout cela favorise la présence des sangsues (voir plus bas), mais quand même : c’est vraiment désert comme endroit ! En plus, de nombreux hôtels, de grande taille, sont à l’abandon, rouille omniprésente et vitres cassées. L’ambiance est très étrange, et donne la sensation que l’apogée de cette petite ville a été passée il y a quinze ou vingt ans, et que depuis, elle s’enfonce dans l’oubli…

Pourtant, cette ville est thermale (mais je n’ai repéré aucun onsen, dommage, j’en aurais bien profité au retour), et propose un téléphérique qui monte directement au sommet. Comme celui-ci est sur une ligne de crête nord-sud assez nette, la vue est normalement très bonne, et la facilité s’alliant au plaisir, il doit quand même y avoir du monde de temps en temps. Mais pas ce jour-là visiblement, car j’ai été bien tranquille. Et donc, je quitte tout cela et m’engage sur le sentier qui longe la rivière.

La beauté des casses-crues japonais

La beauté des casses-crues japonais, et comment ils se fondent dans le décor

À quelques endroits, les berges semblent avoir subi des glissements de terrain, et des aménagements « aquatiques » sont visibles de loin en loin. J’ai d’ailleurs suivi le chemin qui contournait le casse-crue, mais ce n’était pas nécessaire, puisque les mailles sont largement assez grandes pour me laisser passer au travers.

le lit de la rivière, et là-bas on devine le site d'escalade

Le lit de la rivière, et au fond là-bas, on devine le site d’escalade

Ça continue à monter, sur du vrai caillou, et avec le bruit de l’eau. C’est agréable, mais le temps continue à se couvrir, et le vent se met à souffler bien fortement, il me faut garder le rythme pour ne pas trop me refroidir. De temps en temps, entre deux nuages, on voit les gratte-ciels de Nagoya, à 60km ! C’est vraiment plat comme ville, pour qu’elle soit visible d’aussi loin. Trop plat pour moi d’ailleurs, ça manque tellement de petites collines…

La carte que j’ai n’est pas très précise, je dois pas mal chercher les accès, et c’est après quelques belles erreurs et demi-tours difficiles que j’arrive enfin à l’endroit que je visais.

Je suis presque au départ des voies !

Je suis presque au départ des voies ! Attention, ça glisse…

Quelques cordées sont déjà présentes sur la paroi. Ça semble plus équipé que ce que j’avais compris du topo, mais toutes les protections ne sont pas récentes, et au global c’est surtout du « terrain d’aventure » ; chacun dispose donc ses propres protections le temps de la montée.

Le secteur est sympa : il est orienté nord-nord-est (ce qui doit être bien agréable l’été), le panorama est superbe, mais ! L’accès reste une vraie petite rando, sachant qu’il ne faut pas oublier le temps de transport jusqu’à la petite ville. Ah dommage, moi qui comptait convaincre mon pote Nico, ça se présente pas trop bien. [Et d’ailleurs, je n’y suis pas arrivé, même après avoir investi pas mal de pépètes dans une corde et le jeu de dégaines associées. Arg, frustration !!]

Ça grimpe

Il y a un parcours qui monte le long de cette petite crête. C’est vraiment très beau !

Il commence à pleuvioter, je me remets en route, car même si c’est maintenant très couvert, je garde toujours l’espoir d’un peu de panorama au sommet de la montagne. Et puis ç’aurait été bête de faire tout ce chemin, sans aller voir en haut à quoi ça ressemble.

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Érosion du chemin de crête

Ce sera peine perdue : le col puis la crête vers le sommet sont complètement dans le brouillard, la pluie est battante, et le sommet est invisible. Je me réfugie dans la station de téléphérique le temps d’absorber mon déjeuner, et je me lance dans la descente vers la petite ville, sur le chemin est-sud-est.

C'est tellement errodé !

Là aussi, le sol est bien absent

À la différence du chemin de la montée, qui était très pierreux, ici je retrouve le sol sablonneux du mont Nagiso. Je fais bien gaffe à la descente, pour ne pas me prendre dans les racines qui sont parfois à hauteur des genoux, et j’en profite pour prendre quelques jolies images, mais la pente est toujours aussi raide, souvent autour des 50°.

chapeau de pierre sur sable tassé

Chapeau de pierre sur sable tassé

J’en avais parlé au début, et j’en ai croisée une : il y a bien des sangsues (bon, ok, au moins une) dans ces montagnes ! J’ai été laver mes chaussures dans un caniveau, et me voilà avec cette espèce de ver de terre croisé avec une chenille qui se balade sur ma main.

Mmh la belle sangsue

Mmh la belle sangsue

J’ai pas attendu qu’elle s’accroche, je la vire direct, et elle se retrouve sur le rail de sécurité. Et elle se met en attente, droite, au « garde à vous » quelque part, prête à s’embarquer sur le premier mammifère qui passera à sa portée. C’est rigolo d’ailleurs : si elle est plutôt calme, il suffit de souffler dessus pour qu’elle s’excite dans tous les sens !

petite demeure au bord de la rivière

Petite demeure au bord de la rivière

Au retour, je découvre qu’il y a un bus direct pour Nagoya, hop facile, 1h de trajet au retour. Il fait soleil à Nagoya d’ailleurs, et toujours aussi chaud et humide !