Nous sommes maintenant fin mai, l’été approche, le soleil tape déjà, et je me décide à améliorer l’organisation des randos. En effet, se balader dans les bois, j’aime bien, mais randonner en moyenne et haute montagne, ça me plaît bien plus : la roche devient omniprésente, l’air est plus clair, les panoramas s’ouvrent et deviennent grandioses. Au Japon, cela existe bien sûr, mais à partir d’une altitude plus importante, vu que les forêts sont un peu typées tropicales. Tout cela se fait donc évidemment au prix d’un temps d’accès important, et il faut, comme écrit ci-avant, bien regarder comment se rendre aux points de départ et d’arrivée

En regardant un peu ce que les gens publiaient sur internet, je me suis intéressé au massif du Yatsuga-dake 八ヶ岳, et plus principalement à son sommet, l’Aka-dake 赤岳 (2899m). En surveillant le mont Ontake 御嶽山 (3067m), visible depuis mon lieu de travail, on voit bien qu’il n’y plus de neige à cette altitude, donc banco, y’a plus qu’à organiser le transport. Et vu la destination, ce sera en voiture de location !

Aparté : eh oui, j’ai fait traduire mon permis français, et en vertu d’un accord entre la France et le Japon, j’ai donc le droit de conduire au Japon, sans examen, hop. Facile ! 😉

Après sondage des randonneurs dans mon entourage, deux personnes me joignent ; Joni, rencontré à la danse à Tokyo (et que l’on voit de dos dans cet article : c’est celui qui porte le chapeau), et Lucas, rencontré à l’escalade à Nagoya. Tous deux sont allemands. Je n’ai pas d’explication à cet état de fait. Oui je sais, ceci n’avait aucun intérêt, à part peut-être pour expliquer pourquoi j’ai pu entendre quelques expressions allemandes pas piquées des vers…

Bon et donc : départ en voiture après le travail le vendredi soir avec Lucas, récupération de Joni à la gare de Chino, et on monte dans la montagne et dans la nuit. Mes deux comparses ont pris de quoi cuisiner, dodo 1h30 du matin. Aaaaah c’est pas facile le lendemain, quand le soleil pointe son nez à 4h30 !

Ça c'est du chemin marqué

Ça c’est du chemin marqué

Et donc, on démarre tôt le matin, alors que le soleil est déjà haut, et que l’on voit passer de nombreuses personnes pendant que l’on prend le petit déjeuner.

En remontant le lit de la rivière

En remontant le lit de la rivière

La première partie de la rando est pas dure, on avance doucement dans les bois, avec des vues de temps en temps sur notre objectif : le sommet du massif, qui est encore 1000m au-dessus de nous.

l'arbre éléphant

l’arbre éléphant

Dans les bois, on passe par l’un des refuges, où l’on peut refaire le plein d’eau, et où on laisse le matériel qui ne servira qu’au soir, au moment de camper. Je l’avais lu, et je le vois : le refuge est énorme, avec certainement de quoi loger 200 à 300 personnes ! Ça change des cabanes pyrénéennes !

En bas, la vallée de Chino, et les Alpes du nord à l'horizon

En bas, la vallée de Chino, et les Alpes du nord à l’horizon

Un panneau à proximité du refuge nous montre que le chemin part directement vers la crête, presque sans lacet. Mais la crête est bieeen au-dessus, et la pente semble raide !

Dré dans l'pentu !

Dré dans l’pentu !

Bien ou pas, le chemin est équipé d’escalier et d’échelles : ce n’est pas agréable, mais le caillou est « pourri » : rien ne tient, tout s’effrite, et donc, à nous les marches…

refuge du col et, au loin, refuge de l'Aka-dake

refuge du col et, au loin, refuge de l’Aka-dake

On peut le voir sur la photo précédente : entre le refuge, que l’on a quitté il y a moins d’une heure, et le sommet, il y a encore deux refuges : un sur la crête, l’autre juste devant le sommet ! Et les deux sont de la même dimension, il y a de quoi loger des centaines de personnes.

Corollaire : si y’a de quoi loger du monde, et que le temps est favorable, eh bien, vous l’aurez deviné : le chemin n’est pas désert, et il y a quand même du monde. Dommage, pour moi la montagne, c’est aussi une certaine envie de solitude, et là encore, je relativise la taille des « gros » refuges des Pyérénées…

sommet de l'Aka-dake

sommet de l’Aka-dake

Et voilà, c’est l’heure de la pause du midi, les nuages prévus ne sont pas au rendez-vous, et méga-bonus : on voit le mont Fuji ! Il est juste là à l’horizon ! C’est trop beau !

Petite pause au sommet, vue sur le Fuji

Petite pause au sommet, vue sur le Fuji

On en profite un maximum, on fait la sieste au soleil, c’est tout parfait.

Un K-13 !!

Tiens, un planeur ! Mmh, cette légère flèche inverse…

Mais oui c'est bien ça !

… mais oui, c’est bien un K-13 !

C'est l'heure de repartir

C’est l’heure de repartir, dernier regard sur Fuji-san

Comme on prévoit de dormir au refuge dans les bois, on peut prendre le temps de descendre, et histoire de suivre un itinéraire sympa, on choisit de passer par le petit sommet à l’ouest. L’autre choix, qui est de descendre directement au refuge, emprunte une série d’escalier qui semble interminable, hors de question !

Belle ligne de crête

Belle ligne de crête

Sur cet itinéraire, à la descente du sommet principal, on dépasse un groupe qui est arrêté : une fille de ce groupe a dégagé un bloc de pierre gros comme un frigo, qui n’a pas roulé (heureusement pour ceux qui sont dessous !) mais qui a dû lui heurter la jambe, et elle est semble incapable de marcher. On ne peut rien faire, on pense comprendre qu’ils ont appelé les secours, on continue donc…

Une fois arrivé au petit col, nous sommes seuls à remonter en face, la vue est très sympa (et on voit l’hélicoptère de secours venir hélitreuiller la demoiselle…)

 

Le chemin de la montée est quelque part le long de la paroi, dré dans l'pentu !

Le chemin de la montée est quelque part le long de la paroi, dré dans l’pentu !

Deuxième bonus de la journée : le chemin pour revenir au refuge part dans les bois, ce qui est bien, mais il y a mieux : un énorme névé qui va directement à notre but ! génial !

Bon, toi d'abord !

Bon, euh, toi d’abord !

Et en avant la patinette, une fois de plus je me régale dans la descente, qui se fait rapidement, et avec moins de fatigue qu’en marchant en freinant la descente. Bon, ç’aurait été mieux avec un piolet pour assurer en cas de dérapage, mais comme la neige est molle, aucun soucis.

Youuuuuuh !!!

Youuuuuuh !!!

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Second refuge dans les bois. On remarquera le gros tas de neige pas fondue, vestige d’un gros glaçon qui sert à l’initiation en cascade de glace

Arrivés au refuge, on plante la tente, et troisième bonus : pour 0 yen, on a le droit à un grand bac d’eau ultra-chaude, rien que pour nous, et sans limite de temps ! Tellement chaude que, pour la réguler, y’a un « robinet » monté sur un tuyau de 60mm, qui déverse directement de l’eau glacée dans le bac. Pragmatique, brutal, j’ai envie de dire : japonais 🙂

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Cours d’eau ferrugineuse

Et voilà, il ne reste plus qu’à descendre la montagne, récupérer la bagnole, et re-conduire pendant trois heures jusqu’au milieu de la grande ville… jusqu’à la prochaine rando !

C'est moussu

C’est moussu