Hop, continuons à faire des pas de géants, ou justement à ne pas en parler puisqu’il s’agit de bicyclette, en s’attaquant au récit de ma sortie vélo de début septembre au bord de la rivière Kiso, quelque part au nord-est de Nagoya. J’avais trouvé ça très joli, et en allant voir ce que les gens en disent sur Wikipedia, je vois que je ne suis pas le seul à le penser :

Le fleuve Kiso traverse notamment la ville d’Inuyama (préfecture d’Aichi) et se jette dans la baie d’Ise entre Nagoya et Yokkaichi (préfecture de Mie). Au nord de Nagoya, il forme la vallée de Kiso, surnommée le Rhin japonais en raison de sa beauté sauvage. Cette vallée a su préserver un cadre naturel.

Et dire que j’y suis allé totalement en aveugle ! Quelle innocence n’est-ce pas ! 😉

Plus précisément, et j’avais oublié d’en parler dans l’article précédent, j’ai choisi d’y aller après avoir simplement regardé les cartes papier que j’ai enfin fini par trouver. Bon, très vite j’avais pu mettre la main sur des sortes d’atlas, au format livret A4, avec plein d’infos touristiques, et qui étaient notamment destinées aux motocyclistes. Mais ce format est tout nul pour un cycliste, surtout pour planifier des sorties en suivant uniquement des petites routes ; et s’il y a des courbes de niveau, il n’y a pas d’ombrage des reliefs, ce qui rend l’estimation des dénivelés très difficiles. Et j’avais pas très envie de me faire avoir par des routes qui passent leur temps à monter et à descendre…

Bref, j’avais donc des cartes au 1/200000, pas aussi bien que les Michelin France mais quand même pas trop mal, et le faisceau des indices qui font plaisir au pédaleur du week-end s’est construit très vite :

  • des petites routes qui se baladent pas trop loin d’une gare routière atteignable sans correspondance ;
  • une rivière, la Kiso donc, qui présente des pentes très fortes au ras de l’eau ;
  • entre la gare et la rivière, une sorte de plateau, qui pourrait permettre de belles vues sur l’eau (type grand causse et gorges du Tarn).

C’est donc décidé : me levant avec difficulté et mal de tête ce samedi 5 septembre, je saute dans le train en destination de la gare de Mizunami, en rêvant déjà aux paysages alors que j’essaie de récupérer quelques heures de sommeil.

Et hop, emballé !

Et hop, emballé !

Le plateau n’offre pas de vue sur la rivière mais pas mal de dénivelés, je planifie donc de suivre la nationale qui longe la rive pour aller prendre le train du retour, et troquer la tranquillité d’une petite route contre la platitude promise.

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Hameau dans les collines

 

Récolte du riz

C’est mûr : en avant la chenillette dans la boue !

Et hop, dans le train

Au milieu de la route. « Si je bouge pas, Ils me verront pas ! »

Et là, surprise : OpenStreetMap annonçait une route départementale qui descendait jusqu’à la rivière et la traversait, mais cette route s’arrête brutalement à la sortie d’un village. Argh ! J’ai pas du tout envie de refaire le trajet inverse, en commençant par remonter sur le plateau. Et comme ce chemin doit bien aller quelque part, je me décide à le suivre ; j’ai le vélo qui va bien pour ça, oui ou non !?

mmmh moi je suis sensé avoir une route départementale...

mmmh moi je suis sensé avoir une route départementale…

mmh, ça s'améliore pas

Et on peut pas dire que la ressemblance s’améliore !

Le chemin n’est vraiment pas terrible, et si à pied ça passe sans problème, il y a beaucoup de gros cailloux qui traînent et je fait une grande partie du chemin à côté du vélo.

wooouh c'est pas le moment de tomber !

wooouh c’est pas le moment de tomber !

Après peut-être trente minutes, je comprends que j’ai très bien fait d’insister sur ce chemin, avec la découverte d’une sorte d’ancien refuge avec une méga-super vue sur la rivière, cooool ! 🙂 Ce refuge est totalement délabré et ressemble à un squat, mais sur place, personne. En plus le plancher de l’étage du dessous est effondré et je préfère éviter de me casser la margoulette à une heure de marche de la première âme qui vive, je traîne donc pas trop trop…

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La cabane au fond du jardin ?

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C’est beau !

Côté est, il y a un pont suspendu : peut-être la départementale passe par là-bas ? Le chemin continue vers le pont, je fais donc de même…

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Pas tout à fait abandonné comme cabane

cabanne abandonnée

Raah c’est trop beau !

Un pont rien que pour moi. Pas de bitume ! (bizarre d'avoir un tel pont d'ailleurs)

Un pont rien que pour moi. Mais pas de bitume, pas de départementale !

Le pont est nickel, c’est vraiment bizarre : il est à plus d’une heure du village, et donc, quel peut bien être l’usage de ce pont ? Autre question : je suis sensé retrouver une route nationale sur la berge d’en face, mais rien ne laisse penser qu’une route importante passe par là…

Le chemin ne s'améliore pas !

Remontée vers la nationale. C’est pas encore tout à fait roulant.

C’est maintenant certain : ce n’est pas une nationale, mais une route forestière, quasiment de niveau et totalement déserte, qui suit la rive vers l’est. Je suis bien content d’avoir le Surly : gros pneus, gardes-boue super enveloppants, je me moque des cailloux et des flaques, et pars avec délectation vers l’est.

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Sur la « nationale »

Ça donne envie de remonter dans un kayak

Ça donne envie de remonter dans un kayak

champignons

Oh les beaux champignons

Comble de bonheur, la route s’améliore progressivement, et devient de plus en plus roulante. Je ne croise absolument personne pendant encore presque une heure, surprends une sorte de marcassin, et profite de la fraîcheur des bois et des belles vues sur la rivière. C’est d’ailleurs bizarre qu’il n’y ait personne, mais je préfère profiter des instants de plénitude sans trop me poser de question 🙂

Comme tout vient toujours à qui sait attendre, je découvre la très bonne raison de cet isolement quelques kilomètres plus loin : une barrière de plus de 2m de haut !

Et hop, saut de barrière

Et hop, saut de barrière. Après le pédalage du début de journée et la marche dans les bois, ça commence à ressembler à un raid mon histoire !

Juste à côté de cette barrière, qui ne laisse même pas passer de piéton (ce qui est idiot, puisque rien n’interdit physiquement l’accès par où je suis venu), un gros barrage. Peut-être la route n’est pas accessible à cause des risques d’inondation ? Peu probable, vu que le point bas de la route était le pont. Peut-être simplement à cause des risques de chutes de cailloux, vu qu’il y en avait vraiment partout sur cette route forestière ? Déjà plus plausible, et puis ce serait cohérent avec la route à sens unique dont j’ai parlé la dernière fois.

Une fois le barrage passé, retour sur route normale, avec bitume, lignes blanches, et circulation automobile bien calme. Le jour commence à décliner, j’ai déjà fait une belle cargaison de surprises, il faut maintenant s’en satisfaire et assurer le retour à Nagoya 🙂

Encore un pont rouge

Encore un pont rouge. Ils aiment bien ça on dirait.

Je ne fais pas route bien longtemps avant de m’arrêter : ben oui, y’a l’entrée d’un temple, juste là ! Ce serait dommage de pas aller voir !

Entrée d'un temple. Cet escalier qui monte dans les bois est irrésistible !

Difficile de résister à l’envie de voir où mène un tel escalier !

plus de 400 marches (j'ai perdu le compte après...)

Ah mais euh, c’est haut…

Après 400, j’ai perdu le compte des marches, et en haut, un temple comme il y en a plein d’autres. Après une petite pièce et une petite prière histoire de faire couleur locale, c’est reparti dans l’autre sens et en faisant gaffe de pas me casser la margoulette, car les marches sont très courtes !

En haut de l'escalier

En haut de l’escalier

La route continue à suivre la rivière Kiso alors que je me dirige vers la ville de Nakatsugawa, où j’ai l’immense joie de démonter une nouvelle fois mon vélo pour le mettre dans la housse. Je m’améliore à ça d’ailleurs, et ça tourne autour des 10 minutes pour l’emballage et 6 à 8 minutes pour le débalage, soit une quarantaine de minutes dans la journée. C’est pas génial, mais tout à fait acceptable vu la haute dose de joies cyclotouristes que je rencontre !

On dirait le pont de Gouedic

Tiens, on dirait le pont de Gouedic !

Et en spécial bonus, une photo de plaque d’égoût / eau / réseau : eh oui, le Japon n’est pas spécialement connu pour ça, mais chaque ville a ses propres plaques ; et si certaines sont tout à fait classiques et sans aucun intérêt, d’autres sont vraiment sympa. Je vais donc pas me priver de vous faire découvrir ça ; profitez donc !

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Cool un camion de pompiers !